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LE 8 MARS, C’EST TOUS LES JOURS…

LE 8 MARS, C’EST TOUS LES JOURS…

«Les femmes doivent travailler pour la société et l’Etat, comme les hommes, et on doit leur permettre de contribuer à créer les richesses matérielles et intellectuelles (…). La femme doit accomplir les mêmes tâches que l’homme […]. Quand certaines femmes ont reçu une excellente instruction et montrent des dispositions remarquables, il n’est pas impossible qu’elles deviennent philosophes ou dirigeantes ». Non, ce n’est pas une récente déclaration du Chef de gouvernement ou d’un responsable de parti. Nous sommes à Courdoue, en 1163, et l’auteur n’est autre qu’Ibn Rochd, dit Averroés.

Près de neuf cents ans plus tard, il semblerait que les choses n’aient pas beaucoup changé dans notre pays. Dans un monde de plus en plus mondialisé, il est crucial d’utiliser tous les atouts sociaux et économiques existants pour atteindre les objectifs de développement. Pourtant, malgré les progrès incontestables accomplis dans notre pays, les femmes continuent de faire face à la discrimination, à la marginalisation et parfois même à l’exclusion, alors que l’égalité entre les sexes est érigée en principe universel et consacrée dans la Constitution de 2011. Si des progrès ont été réalisés grâce notamment aux efforts entrepris ces dernières années dans notre pays, beaucoup de chemin reste à faire, tant la présence des femmes marocaines dans les institutions économiques et politiques reste faible. Toutes les études et recherches réalisées sur le développement humain démontrent que la diversité des sexes permet à la société de mieux fonctionner. Au Maroc, la monarchie a été pionnière dans la voie du changement. « …Les femmes marocaines sont le baromètre de notre renaissance et l’élément moteur de la réalisation du programme de réformes ». C’est la princesse Lalla Aicha qui prononce ce discours il y a de cela 64 ans (2 avril 1947). Mais c’est Sa Majesté Mohamed VI qui trace une inflexion marquante à l’émancipation de la femme. C’est grâce à son arbitrage que les femmes ont vu leurs conditions juridiques bénéficier de plus d’équité dans le nouveau code de la famille. Toutefois, plus d’un demi-siècle après l’indépendance, la présence des femmes dans la vie économique et politique est encore faible. Nos gouvernants n’ont pas encore compris que ce qui fait la différence, ce n’est pas le genre mais le talent. Trop peu de femmes sont dans les centres de pouvoirs. Le gouvernement ne compte que 6 femmes ministres sur 40 et le nombre de femmes parlementaires ne dépasse pas 10,5%, proportions trop faibles pour infléchir sur les décisions en faveur de la gente féminine. Le Maroc est très en retard par rapport à plusieurs pays d’Afrique sub-saharienne dans ce domaine. Chez nos voisins mauritanien, 21% des députés sont des femmes, au Mozambique et en Angola, plus de 38%, au Rwanda, la proportion des femmes est de 56%. Formant la moitié de la population, les femmes ne peuvent plus être exclues du processus de développement. Des actions intentionnelles et des actions délibérées sont nécessaires pour mieux tirer avantage des talents, des compétences et des énergies féminines. C’est autour de relations d’équilibre que se structure et évolue la société, et pas seulement le 8 mars de chaque année, devenu un rituel qui laisse un goût amer aux femmes les 364 jours restants.

Par Hassan Dabchy