L’ISLAM AU RISQUE DE L’INTERPRÉTATION: MOUNIR SERHANI REPENSE AVERROÈS

Après son roman, «Il n’y pas de barbe lisse», Mounir Serhani nous fait revivre l’ère d’Averroès en revisitant ses pensées philosophiques, à travers un livre intitulé: L’islam au risque de l’interprétation.

D’une manière purement philosophique, l’écrivain dédie son livre au penseur arabe libre Ibn Rushd, figure emblématique d’ouverture d’esprit de la civilisation islamique, en vue de remettre en question les pensées récalcitrantes qui gouvernent le monde arabo-musulman actuel. En effet, Il s’agit de l’interprétation du texte sacré qui reste néanmoins rétive à la lecture unique et arrêtée, dans le but de pouvoir ressusciter l’âge d’or d’une philosophie ouverte sur l’Autre, la tolérance et le vivre-ensemble. Une pensée dont nous avons besoin aujourd’hui, ne serait-ce que pour affronter les assassins de la liberté et les extrémistes invétérés qui refusent toutes formes de dialogue.
«Parallèlement au commentaire des textes d’Aristote, Averroès a défendu l’acte de philosopher remis en cause par les accusations d’infidélité émises par Al Ghazâli contre les philosophes. Ses œuvres interrogent plusieurs questions politiques telles que le rapport entre la philosophie et la religion, la Loi et la raison, le philosophe et la cité.
En effet, la philosophie politique d’Averroès renoue avec la méthode rationnelle afin de lutter contre le fanatisme et le dogmatisme intellectuels…» affirme Mounir Serhani.
«L’islam au risque de l’interprétation» révèle un Islam de paix et de tolérance, et met indéniablement en évidence la beauté de cette religion qui va à l’encontre des dogmes prônant la guerre, le fanatisme et les dissidences. Arguments à l’appui, l’auteur prouve que la foi rime avec la raison, et que celle-ci nous guide ensemble vers la vérité et la lumière, nous procurant ainsi le bonheur de vivre en société, loin des tumultes que peuvent provoquer nos différences. «Réhabiliter ce philosophe qui a souffert de l’Inquisition injuste et exclusive c’est revoir notre patrimoine érudit sous le signe de la grandeur et du post-modernisme à même de nous réconcilier avec notre passé et encore avec notre religion qui ne cesse de nous sauver quand on est au bord de l’abîme, ce dogmatisme ténébreux qui tue au nom de l’unique vérité et se nourrit de l’exclusion de l’autre en faisait fi de toutes les valeurs recommandées par la Loi.  Ainsi celle-ci nous enseigne-t-elle que tolérer l’autre n’est autre que le recevoir dans sa différence…» explique-t-il.

En voici un extrait:
«Il semble donc que la question de l’interprétation du texte sacré figure parmi les problématiques qui sont à même de refléter la diversité intellectuelle d’Averroès. Elle est à la fois liée à la théologie, à la jurisprudence et à la philosophie. Que cette problématique soit au centre des controverses entre les philosophes de l’âge médiéval, cela ne fait point de doute. L’interprétation demeure effectivement une pratique qui permet de renoncer à l’imitation pour emprunter la voie de l’effort personnel auquel invite la loi religieuse tout en exigeant un ensemble de conditions…»

Formateur des enseignants de français au CRMEF de Rabat, Agrégé de lettres françaises, ancien élève de l’ENS de Lyon, spécialité philosophie politique arabo musulmane, Mounir Serhani est un poète, romancier, traducteur littéraire, directeur de collection chez l’harmattan, et membre de la commission nationale pour le soutien du livre et de l’édition au Ministère de la culture. Né à Ksar El kébir, il est également l’auteur d’un ouvrage critique sur Ahmed Sefrioui. Lauréat du prix littéraire de 2M, il a publié trois recueils de poésie, et a traduit plusieurs ouvrages.

Par Kenza Tazi

Pin It on Pinterest

Retour haut de page