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Quand les droits se font tout petits

Par un après-midi de samedi, un peu ensoleillé, un peu gris, sur une artère commerciale du centre-ville casablancais bondées de badauds je sors mon appareil avec l’intention et le désir de capter la lumière du soleil couchant sur le reflet de la grande vitrine d’une enseigne de prêt-à-porter. Je commence mes premières prises, à ajuster mes réglages et mes cadrages quand un homme habillé en agent de sécurité vient vers moi et me somme un peu gentiment un peu autoritairement de ranger mon appareil arguant qu’il était interdit de prendre un bout de vitrine du magasin qui l’emploie. Un peu frustré, un peu con, je lui demande :
– Est-ce que je pourrais savoir en quoi il est interdit de prendre en photo le reflet de la lumière sur la vitrine du magasin ?
– Je n’ai pas à répondre à votre question, moi en me dit d’interdire aux gens de prendre en photo la vitrine et moi j’exécute les ordres.
Moi, un peu frustré, un peu con, je lui redemande :
– Mais jamais vous ne vous demandez si vous avez le droit ou non d’interdire ?
– Non, on ne me demande pas de réfléchir, juste d’exécuter ce que l’on me demande.
Moi, un peu frustré, un peu con, je lui re-redemande :
– Donc si je comprends bien, ça ne vous dérange pas d’interdire aux gens ce qui relève de leur droit.
– Ecoutez monsieur, je ne suis qu’un simple employé qui cherche à gagner honnêtement sa vie et si vous aviez un semblant de compassion ou de pitié, vous rangeriez votre appareil et juste vous partiriez en disant que « Dieu aide ses misérables » Voilà comment dans ce pays, on en arrive, par compassion, par pitié ou par lâcheté à renoncer à ses droits, comment que l’on paye une place de parking gratuite et publique au mendiant au gilet fluo, comment que l’on cède des places de trottoir au marchand ambulant qui n’a pas de quoi se payer un local, comment que l’enseignant laisse un élève tricher au baccalauréat parce qu’il n’a pas eu les bons instituteurs au primaire, comment que le médecin délivre un faux certificat médical pour éviter à un employé qui n’a pas le droit à des congés à se faire virer et tant d’exemples où la pitié, la compassion et la lâcheté sont obligées de compenser l’anarchie et l’incompétence, où l’on s’interdit ce qui nous est légitime.

H.H

Quand les droits se font tout petits