Select Page

SAINT-VALENTIN: UN COMMERCE DE L’AMOUR?

SAINT-VALENTIN: UN COMMERCE DE L’AMOUR?

De toutes les traditions et les fêtes apportées aux Marocains par la mondialisation incessante, la Saint-Valentin est celle qui a le plus séduit une certaine frange de la population.

Bien qu’elle ne concerne encore qu’une minorité, on remarque un grand intérêt pour cette fête de l’amour qui à l’origine est une fête chrétienne célébrant le Saint patron des amoureux, mais elle va bien au-delà en faisant appel à la mythologie Greco-romaine du Dieu de l’amour Cupidon. Aujourd’hui, cette imagerie n’a gardé qu’un sens symbolique et dans le monde entier cette fête s’est laïcisée pour pénétrer toutes les cultures et croyances. Sa perception chez le Marocain moyen évolue et diffère. D’aucuns considèrent que c’est une défaite de plus face à l’invasion culturelle de l’occident, d’autres considèrent que c’est une victoire supplémentaire du capitalisme qui tend à transformer le moindre évènement en marché économique lucratif (Noël, Aid El Kbir…) et enfin, il y a les autres, tous ceux qui n’ont aucune de ces considérations et qui veulent juste profiter de ce jour pour célébrer la personne aimée. Le rapport qu’on a à un évènement comme la Saint-Valentin en dit beaucoup sur notre état d’esprit. Si une invasion culturelle nous menace, il ne faut pas forcément blâmer la SV, mais le vide culturel qui lui a permis de prendre place. Au final, personne ne fête la Saint-Valentin sous la menace et personne n’adopte une culture et une tradition étrangère sans être convaincu par le message qu’elle véhicule. Si c’est le consumérisme qui est en train de l’emporter par la voie de ces « concepts importés », même en terre d’Islam, alors il faut être courageux pour le dénoncer partout, et pas seulement quand ça nous arrange, Messieurs. Comme le pointait à juste titre Gad El Maleh dans l’un de ses spectacles, on ne peut pas passer la journée à faire du business et prétexter que la Saint-Valentin est une « fête capitaliste ». La cohérence est chose difficile, mais nécessaire. Sommes-nous réellement obligés de voir le mal partout? Et pourquoi vivons-nous dans une société où la violence est célébrée et où l’amour est caché? Le malaise dont souffre beaucoup de nos compatriotes sur ces sujets est révélateur sur nos mentalités et notre vision du monde, qui peuvent être parfois chaotiques et manquer de bon sens. Si une fête doit célébrer l’amour, alors pourquoi pas. Plus que jamais, ce monde en a besoin. Et si nous ne l’avons pas inventé, alors il n’y a pas de mal à le fêter tant que ça ne fait aucun mort, contrairement à la logique de la violence et du repli sur soi.

Par Zakaria Maftah

http://zakmaf.net